La Russie a accusé la France de réprimer la dissidence après que les autorités ont ordonné l’expulsion de la journaliste russe Xenia Fedorova et gelé ses avoirs. Moscou affirme que ces mesures s’apparentent à une persécution politique, tandis que des responsables français soutiennent que l’ancienne directrice de RT France a contribué à diffuser la désinformation russe.
Ce différend survient alors que la France renforce ses efforts pour contrer les influences étrangères présumées à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Fedorova rejette les accusations et qualifie les mesures prises contre elle de censure.
Moscou condamne la France
Le ministère russe des Affaires étrangères a condamné l’ordre d’expulsion le 6 août, qualifiant le traitement réservé par la France à Fedorova d’inacceptable. Le porte-parole adjoint du ministère, Alexeï Fadeev, a accusé les autorités françaises de poursuivre des journalistes sur la base de ce que Moscou considère comme des allégations fabriquées. Il a soutenu que la France assimilait des opinions qui s’écartent de la position officielle à de la propagande russe tout en cherchant à évincer du pays les journalistes et médias dissidents.
Fadeev a également décrit l’expulsion de Fedorova comme des représailles contre une journaliste qui a contesté la ligne politique dominante. Moscou affirme que cette affaire reflète une tendance plus large chez les responsables français à tenir la Russie pour responsable des problèmes intérieurs. La Russie a à plusieurs reprises nié avoir tenté d’intervenir dans la politique française et accuse les gouvernements européens d’exploiter les inquiétudes liées à la propagande du Kremlin pour étouffer des points de vue alternatifs.
La France accuse de désinformation
Les autorités françaises présentent une version très différente des activités de Fedorova. Son arrêté d’expulsion l’accuserait d’avoir servi de relais à des campagnes de désinformation soutenues par la Russie, destinées à déstabiliser l’ordre public en France.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a qualifié Fedorova d’« agent d’influence » sur fond de guerre de la Russie en Ukraine. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, l’a de même accusée de diffuser une désinformation russe destinée à porter atteinte aux « intérêts fondamentaux » de la France.
Les autorités françaises ont pris l’arrêté d’expulsion fin juillet, avant de geler ensuite les avoirs de Fedorova. Elle a contesté la mesure d’éloignement en justice, mais un tribunal parisien a rejeté son recours le 3 août. Fedorova, qui se trouve actuellement hors de France, a déclaré ne pas avoir l’intention de revenir tant que les mesures prises contre elle ne seront pas suspendues ou retirées.
La présence médiatique s’accroît
Fedorova a précédemment dirigé RT France, l’antenne française du diffuseur public russe RT. L’Union européenne a interdit les diffusions de RT et de Sputnik en mars 2022, après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Fedorova est restée active dans les médias français après l’arrêt des émissions de RT France. Elle est devenue chroniqueuse régulière sur CNews et Europe 1 et a également écrit pour Le Journal du Dimanche. Ces médias sont liés à l’empire médiatique du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Sa visibilité croissante a attiré l’attention à l’approche de l’élection présidentielle de l’an prochain en France. Des critiques ont exprimé des inquiétudes quant au fait que des opérations d’influence russes pourraient exploiter les divisions politiques et orienter le débat public pendant la campagne. Fedorova rejette l’idée que son journalisme serve Moscou. Elle affirme avoir vécu légalement en France pendant près d’une décennie, payé des impôts et exprimé des opinions dans le cadre de son activité professionnelle.
Le différend remonte
Les tensions autour de Fedorova remontent à presque une décennie. En 2017, le président Emmanuel Macron a publiquement critiqué RT après avoir rencontré le président russe Vladimir Poutine en France. Macron a accusé des médias soutenus par l’État russe de diffuser de fausses informations et a soutenu que les organes se livrant à de tels agissements devaient être considérés comme des instruments d’influence plutôt que comme de simples journalistes.
La question a refait surface en juin 2026, lorsque Macron a été interrogé au sujet de Fedorova et a indiqué que sa position n’avait pas changé. Les employeurs de Fedorova l’ont défendue depuis l’annonce des dernières mesures. Canal+ et Lagardère ont qualifié les actions du gouvernement d’atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et ont promis leur soutien.
La confrontation s’inscrit désormais dans un débat plus large sur la manière dont la France doit répondre aux ingérences étrangères présumées sans porter atteinte à la liberté de la presse. Les autorités françaises ont à plusieurs reprises mis en garde contre des campagnes d’influence russes coordonnées, tandis que Moscou et Fedorova soutiennent que le gouvernement se sert de ces préoccupations pour réduire au silence les voix dissidentes.