La démission de Sonia Mabrouk de CNews a transformé un désaccord interne en un problème public pour l’une des chaînes d’information les plus regardées en France. Le moment est d’autant plus marquant que la chaîne venait de célébrer de bons résultats financiers et des audiences élevées.
Plus tôt cette année, la chaîne conservatrice de Vincent Bolloré avait annoncé pour la première fois un équilibre de ses comptes et une hausse continue de son audience, qui fera de CNews la première chaîne d’information en France d’ici 2025.
Ces résultats, annoncés à la mi-janvier, laissaient penser que la chaîne entrait dans une période de stabilité. Mais cette dynamique a rapidement changé après une décision judiciaire concernant l’un de ses animateurs.
Un jugement judiciaire accentue la fracture éditoriale
Le 14 janvier, la Cour de cassation a confirmé la condamnation de l’animateur Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs. L’affaire concernait des messages à caractère sexuel envoyés à trois adolescents entre 2009 et 2016. Il a écopé de deux ans de prison avec sursis et d’une interdiction d’exercer toute activité impliquant un contact avec des mineurs.
Malgré la décision de justice, la direction du groupe Canal a choisi de maintenir Morandini à l’antenne pour son émission quotidienne, décision qui a suscité des critiques en interne comme en externe. Mabrouk, journaliste franco-tunisienne et l’une des présentatrices les plus connues de la chaîne, a été la première à remettre publiquement en cause cette décision.
Lors d’une interview le 20 janvier avec le député socialiste Jérôme Guedj, elle a déclaré que le respect envers la direction ne signifiait pas qu’elle soutenait le maintien de Morandini à l’antenne. Elle a ajouté que la situation l’avait profondément affectée et qu’elle n’avait pas dormi pendant plusieurs jours.
Un conflit en rédaction mène au départ de Mabrouk
Les tensions se sont accrues au sein de la rédaction après ces déclarations. Dans un communiqué annonçant sa démission le 6 février, Mabrouk a affirmé que sa relation avec une partie de la direction avait connu une « dégradation certaine et réelle » depuis qu’elle s’était publiquement démarquée de la position de la direction. La protection des victimes, a-t-elle précisé, restait son principe directeur hier, aujourd’hui et demain.
Sa décision a relancé de plus larges questions sur l’indépendance éditoriale et la culture interne de CNews. D’après des témoignages rapportés par l’AFP, une altercation en loge avec le directeur de CNews, Serge Nedjar, aurait accéléré son départ.
Nedjar aurait demandé aux employés mécontents « de se montrer », ce qui a été perçu par certains comme une provocation. Mabrouk restera à l’antenne pendant un préavis d’un mois après être apparue pour la dernière fois cette semaine.
Soutiens publics et nouvelles accusations
Des soutiens à la position de Mabrouk sont apparus parmi ses collègues. Le présentateur Pascal Praud l’a publiquement soutenue, tandis que Laurence Ferrari s’est également démarquée du maintien de Morandini, expliquant sa position en partie « en tant que mère de famille ».
Le chroniqueur politique Philippe de Villiers s’est lui aussi éloigné de la chaîne pendant la polémique. Mabrouk a ensuite indiqué que ses propos étaient largement partagés en interne, même s’ils ont eu des conséquences qu’elle regrette tout en les acceptant.
Mediapart a récemment révélé une autre plainte contre Morandini pour tentative de corruption de mineurs, bien que la prescription soit acquise. L’animateur envisagerait de porter son dossier devant la Cour européenne des droits de l’Homme, maintenant le dossier sous les projecteurs.
Le public et les annonceurs se retirent
Les chiffres d’audience laissent penser que la polémique pourrait affecter le programme. Morandini Live, diffusé de 10h30 à 11h50, a réuni 328 000 téléspectateurs le 4 février, soit 9,2 % de part de marché. C’est en baisse par rapport aux 431 000 téléspectateurs de la semaine précédente, une chute de 103 000 en seulement sept jours. Sur l’année écoulée, l’émission a perdu 92 000 téléspectateurs, même si elle reste leader des chaînes d’info dans sa tranche horaire.
La publicité marque aussi le pas. Le site de veille Arrêt sur images a constaté qu’une seule publicité avait été diffusée lors de l’édition du 26 janvier de Morandini Live, contre 16 pour L’Heure des pros juste avant. Sur deux semaines, seules 18 publicités ont été enregistrées, dont six pour Canal+.
La direction continue de défendre la décision de maintenir Morandini à l’antenne. Le directeur général de Canal+, Gérald-Brice Viret, a récemment déclaré que « c’est le public qui décidera », ajoutant qu’il n’y avait pas de problème avec les annonceurs. Mais les prochaines semaines diront si téléspectateurs et sponsors réagissent différemment à mesure que la polémique se poursuit.
Si Morandini part je reviens et bravo à Sonia Mabrouk qui a eu le courage de défendre ses idées contrairement à d’autres qui ont du coup beaucoup perdu en crédibilité. Je reste déçue de la décision de Monsieur Bolloré même si Morandini est un ami à lui.