Lorsque Léa Salamé a pris les commandes du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 1ᵉʳ septembre 2025, la chaîne a présenté ce changement comme un tournant. Après huit années d’Anne-Sophie Lapix, le réseau espérait qu’un nouveau visage redonnerait du lustre à son bulletin face à TF1. Déjà connue des auditeurs de France Inter et des débats politiques, Salamé a ainsi investi l’un des postes les plus suivis et commentés des médias français.
Sa première soirée a suscité une forte attention, mais les semaines suivantes ont démontré combien il est difficile de modifier l’équilibre des audiences en prime time.
Un début mesuré en millions
Le premier journal a été suivi par près de 4,0 millions de téléspectateurs, soit 20 à 21 % de part d’audience. Un score solide, légèrement au-dessus de la moyenne estivale de la chaîne, mais qui n’a pas bouleversé la hiérarchie. Gilles Bouleau sur TF1 est resté nettement en tête avec environ 5,4 millions de fidèles, soulignant l’ampleur du défi.
Pour Salamé, la soirée relevait davantage du symbole que des chiffres. Son « Bonsoir à tous » soigneusement prononcé a été rejoué en ligne et disséqué par les commentateurs, entérinant son passage de la radio matinale aux feux de la rampe nationale. Son arrivée a été traitée comme un événement national, chaque détail — de l’ambiance du plateau à la portée de ses premiers mots — étant scruté pour deviner ce que pourrait devenir le 20h de France 2.
Ce niveau de minutie révélait l’importance des enjeux pour Salamé comme pour la chaîne.
Pics suivis de fortes baisses
Au cours de ses deux premières semaines, l’audience a connu des hauts et des bas spectaculaires. Le 10 septembre, la couverture de la mobilisation « Bloquons tout » a hissé le journal au-delà de 4,1 millions de téléspectateurs lors de sa première partie et 4,3 millions lors de la seconde — son meilleur score à ce jour. Cette envolée a rappelé combien les grands événements d’actualité peuvent encore fédérer le public.
Mais cette poussée fut éphémère. Dès le 16 septembre, les chiffres sont retombés sous la barre des 3,5 millions, perdant plusieurs centaines de milliers de téléspectateurs par rapport à la veille. Le 22 septembre, l’émission est tombée à 16,2 % de part d’audience, son plus bas niveau depuis la reprise. Plus tard dans le mois, certaines secondes parties du journal sont même passées sous la barre symbolique des 3 millions, un seuil bas pour un rendez-vous de prime time.
Ligne éditoriale et perception du public
France Télévisions a présenté Salamé comme un choix à la fois d’audience et éditorial. Réputée pour ses interviews incisives, elle était censée donner plus de mordant au 20h. Or, selon les critiques, le journal ressemblait fortement à sa version précédente. La promesse de renouveau paraissait timorée, laissant aux téléspectateurs une impression de continuité.
Cette tension est apparue de façon tangible. Une interview mi-septembre avec l’actrice Marion Cotillard a été critiquée pour avoir privilégié la vie privée au détriment de l’information. Le syndicat CGT de France Télévisions a également dénoncé la ligne éditoriale, y voyant un retour aux habitudes de « l’ancien régime ». Dans le même temps, Salamé a reconnu le risque de rejet, expliquant qu’elle s’était préparée aux réactions négatives inhérentes à la fonction.
Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a défendu cette nomination en affirmant que l’audience avait progressé. Mais les chiffres de Médiamétrie racontent une autre histoire. Du 1ᵉʳ au 25 septembre, le 20h a réuni en moyenne 3,73 millions de personnes, légèrement en dessous des 3,93 millions obtenus par Lapix un an plus tôt sur la même période. Des écarts qui soulignent la distance entre le discours interne et la réalité.
Une longue bataille dans un paysage en mutation
À la fin septembre, le bilan est contrasté. Salamé a réussi à créer du buzz et a atteint des sommets lors de soirées riches en actualité, mais la tendance générale indique une stagnation, voire des reculs ponctuels. Gilles Bouleau sur TF1 reste solidement en tête, dépassant régulièrement les 5 millions de téléspectateurs et les 25 % de part d’audience.
Une partie de la difficulté tient à l’évolution des usages. Les journaux du soir ne bénéficient plus de la fidélité d’antan, les publics se dispersant entre plateformes de streaming et supports numériques. La base plus solide de TF1 a mieux résisté à cette érosion, rendant France 2 plus vulnérable.
Pour Salamé, le véritable défi n’est plus de susciter la curiosité — pari déjà gagné — mais de transformer cette curiosité en fidélité. Sa réussite passera par un savant mélange d’autorité et de singularité, démontrant que sa présence apporte un plus au 20h au-delà de la simple continuité.
Son lancement n’a été ni un échec ni une percée. Il marque le début d’une compétition au long cours où la régularité, la crédibilité et l’audace éditoriale pèseront bien plus que les chiffres d’une seule soirée.
Léa Salamé n’est oas aimée
Le service public n’est pas aimé
Et en plus on paye pour ça 😡😡😡